🔴 Grande Guerre : Le cortège des dames en noir : Un nombre incroyable de femmes en noir. (1).

« Un nombre incroyable de femmes en noir. » C’est ce que remarque le journaliste américain Ring Lardner lorsqu’il débarque en France en 1917. Le nombre de veuves s’élève à 600 000 et, pour elles, le deuil est très codifié dans la forme comme dans le temps : voile, voilette, gants, costume de grand deuil puis de demi-deuil, etc. Mais toutes ces traditions volent en éclats, car il faut bien continuer à travailler, et les rites semblent pulvérisés par la massification de la mort comme par l’absence de corps, qui empêche les cérémonies. Ces veuves font partie du paysage de l’après-guerre, elles colorent de noir les villes et les villages, mais sur leur histoire, au fond, on sait peu de chose.

Longtemps, il n’y en a eu que pour les poilus. Les souffrances du front monopolisaient l’attention, celles de l’arrière étaient délaissées. Il a fallu attendre 2012 pour qu’une thèse d’histoire, celle de Peggy Bette, soit soutenue sur ce sujet.

On distingue des trajectoires différentes : il y a celles qui font tomber les voiles le plus tôt possible et celles qui, sous le coup d’une double obligation, celle de la douleur individuelle et celle de l’injonction de fidélité à la mémoire du héros mort pour la patrie, restent en noir toute leur vie. En 2006, une femme témoigne de l’obstination de sa mère à marquer son statut de veuve de guerre : « Elle a mis du gris, du mauve, du violet… mais elle a toujours été en noir. Elle a un peu assombri notre vie. » De même, un journaliste a confié que sa grand-mère n’avait cessé, jusqu’au soir de sa vie, de servir à table un couvert supplémentaire devant une chaise qui restait vide. C’était la place de son mari qui n’était pas revenu.

Dans les années 1960, l’enfant témoin de ce comportement ne le comprenait pas. Mais pour ses parents, grandir avec ce fantôme n’a pas manqué d’être un poids. L’écrivain Jacques Perret raconte ainsi dans ses souvenirs une enfance triste parce que sa mère était incapable de surmonter la perte : « Elle venait de s’abîmer dans la désolation. Elle y resta toute sa vie, les rémissions ne furent que passagères ou apparentes. » Une autre conserve sur elle la montre de son mari et ne la lègue à son fils que sur son lit de mort, objet de deuil devenu objet de filiation.

veuvesa

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