🔴 Grande Guerre : Le cortège des dames en noir : Environ 40 % d’entre elles se sont remariées. (3).

Toutes ces femmes, souvent jeunes, n’ont pas renoncé à vivre. Environ 40 % d’entre elles se sont remariées. Cela n’est pas si simple, car le discours dominant est celui de la culpabilisation. L’écrivain P.-J. Mézières, qui prétend parler au nom des morts, écrit ainsi en 1926 que « la véritable veuve est celle qui aime son mari et dont l’attachement subsiste jusqu’au moment où le trépas, de nouveau, vient l’unir au repos du héros. »

Se remarier, c’est donc trahir. Comme s’il fallait que les jeunes femmes restent enchaînées pour toujours à la mémoire d’un mort. Cette culpabilisation des veuves remariées – qui s’ajoute aux commentaires acerbes contre les veuves trop jeunes, trop jolies, trop élégantes sous leurs voiles noirs et qui sont accusées d’être des veuves joyeuses – se retrouve dans les débats parlementaires au sujet de la pension de veuvage.

Considérée comme une victime de guerre, la veuve a droit à réparation selon la loi Lugol du 31 mars 1919. Fixée à 800 francs, avec 500 francs supplémentaires pour chaque enfant à charge, la pension n’est pas très élevée, mais c’est une somme tout de même considérable dans les campagnes. Or, cette pension est celle de la fidélité. Les veuves remariées perdent droit à toute revalorisation, ce qui, compte tenu de l’inflation qui galope, revient à ne plus leur donner grand-chose. En plus d’être chiche de ses derniers, l’Etat joue les pères la morale !

Pour nombres de femmes, la perte du mari plonge la famille dans une situation matérielle précaire. Dans les campagnes, celles qui ne se remarient pas finissent par vendre la ferme et s’en vont en ville pour devenir salariées. Afin d’aider les veuves, l’Etat décide de leur attribuer en priorité les débits de tabac. La loi du 30 janvier 1923 garantit également aux veuves non remariées ou remariées avec enfants des emplois dans l »administration, avec un succès inégal puisque, de 1924 à 1939, on ne compte que 1 750 veuves ayant bénéficié de ce programme dans les PTT. Et puis, il y a le cadeau d’une machine à coudre, décidé en 1921. Mais comme il n’y en a pas pour tout le monde, elles sont réservées aux plus éprouvées, mères de trois fils tombés pour le pays et aux veuves non remariées.

Les veuves ne font pas parler d’elles. Elles ont constitué des associations ou adhèrent aux associations d’anciens combattants, mais elles y sont très minoritaires. Elles sont à la fois visibles et invisibles. Leur deuil est souvent interminable, mais leur souffrance, cachée, ressort parfois, brusquement, au détour d’une conversation. Yvonne Retour avait 24 ans quand son cher Maurice a été tué en Champagne en septembre 1915. Son petit-fils raconte : « C’était en 1965, nous préparions nos programmes de vacances, et l’un de nous fit remarquer qu’il serait seul pendant quelque temps. Alors, baissant le journal qu’elle tenait entre ses mains, [ma grand-mère] dit d’une voix étranglée : « Et moi, il y a cinquante ans que je suis seule » ».

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